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Friday, 01 February 2013 18:29

Jeu de poupée, jeu de fertilité

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Sur un forum de maternité populaire, une femme lançait cet appel : elle voulait se procurer un pendentif représentant une figurine de la fertilité:

« Avec ce bijou et la FIV, c’est sûr que ça va marcher! », écrivait-elle pour plaisanter.

En ce mois de l’histoire des Noirs, Seréna, organisme qui œuvre pour la fertilité écologique et naturelle et spécialiste du cycle féminin, a choisi de vous faire découvrir cette poupée de la fertilité, symbole de fécondité dans les sociétés traditionnelles africaines. Cette figurine a accompagné longtemps les femmes dans différentes étapes de leur vie et de leur féminité. Aujourd’hui, elle est toujours considérée comme un objet chargé de spiritualité, mais elle est aussi un objet d’art qui orne les maisons.

Jouer à la poupée

Dans les sociétés occidentales, jouer à la poupée est une des activités favorites des enfants, en particulier des fillettes. Dans la tradition africaine, la poupée est d’abord un jeu d’enfant comme ailleurs, mais devient ensuite un rite qui introduit la jeune fille dans les étapes de sa féminité. Poupée d’initiation en période de puberté, poupée de fiançailles lors de son union, puis de fertilité, « l’objet-enfant » revêt alors un caractère sacré et spirituel et permettra à la jeune fille de devenir mère.

Dans la plupart des sociétés africaines traditionnelles, la fécondité est centrale et constitue la base de toute communauté. Le mariage n’est pas seulement l’union de deux individus, mais l’alliance et le rapprochement de deux lignées en vue de les perpétuer. L’enfant est donc une richesse et pour la femme africaine, la maternité est un prestige, l’épanouissement de sa féminité. Elle aborde donc la grossesse, l’accouchement, l’allaitement et l’éducation des enfants avec une grande sérénité. Pendant longtemps et parfois encore aujourd’hui, cette expérience maternelle et féminine est vécue de façon sacrée et initiatique. Elle dote la femme d’un rôle mystique et privilégié. La procréation et tout ce qui y touche de près ou de loin ne sont pas seulement physiologiques, on y dénote aussi une dimension spirituelle.


La légende de la poupée ashanti

Selon la tradition orale, l’histoire de la poupée de fertilité ashanti (Akwaba) prend sa source dans l’ancien royaume de Ghana. La première femme à avoir utilisé cette poupée se nommait Akua et ne pouvait pas avoir d’enfant. Étant l’objet de railleries de la part des autres femmes, elle consulta un prêtre qui lui conseilla de porter en permanence cette statuette en bois et de la traiter comme son enfant (bâ). Comme vous vous en doutez, l’histoire finit bien et Akua accoucha d’une belle petite fille. Son succès encouragea d’autres femmes à faire de même. Elles nommèrent les poupées de bois Akua'ba (l'enfant d'Akua) en son honneur.

Dans les faits, le rite de ces poupées est plus élaboré et diffère selon la région et la période de vie, mais véhicule le même objectif, soit la fécondité de la femme qui la porte. Ainsi, chez les Mossi du Burkina Faso, les Zamaro de Tanzanie, chez les jeunes filles Pendi d’Afrique du Sud et au Cameroun, la statue représente de manière stylisée les formes d’un corps de femme. La plus connue d’Afrique de l’Ouest, la poupée ashanti, portée par les femmes enceintes ou désireuses de l’être, serrée dans leur pagne, a un corps de forme cylindrique avec deux bras en forme de cônes, un long cou avec des anneaux, surmonté d’une tête en forme de disque. D’autres en perles, cuir, tissu et même en épis de maïs sont parfois confectionnées par les fillettes durant leur tendre âge. D’autres poupées d’initiation sont transmises aux jeunes filles par des femmes plus âgées pendant la période de la puberté. Mais le jeu est devenu enjeu et prépare la femme à donner plus tard naissance à un enfant. Les poupées de fiançailles et fertilité, parfois offertes par le fiancé, scellent l’engagement matrimonial et assurent la fertilité du couple. Il faut alors les entourer de soins attentifs pour garantir la venue au monde d’un enfant. Souvent, la poupée de fertilité sert aussi de remède pour les femmes stériles.

Poupées de la fertilité dans d’autres cultures

De tous les temps, et dans plusieurs cultures, des effigies en l’honneur de la féminité et de la fertilité existent. Au Japon, les Kokeshi, poupées en bois gravées et peintes à la main étaient des offrandes de fertilité ou offertes en souvenir d’un enfant mort. En Russie, les fameuses poupées gigognes (qui s’emboîtent les unes dans les autres) en sont un autre exemple : la célèbre matriochka qui représente une femme forte entourée d’enfants est aussi un symbole de fertilité.

Livres sur le sujet :

LYNN-CAMERON Elisabeth et DORAN H Ross. Isn't S/He a Doll: Play and Ritual in African Sculpture. Musée de L’Université de Californie, 1998, 124p.

DELL Elisabeth. Evocations of the Child: Fertility Figures of the Southern African Region. Édition Human & Rousseau (Pty) Ltd, 1999, 232p.

DAGAN A., Esther, African Dolls: For Play and for Magic. Galerie Amrad African Art Pubns, 1990, 143 p.

Sources

http://www.arts-primitifs.com/shop-africain/poupees-akua-akwaba-ashanti-ghana-poupees-africaines-p-3179.html

Sites internet :

- EXPOSITION DU MUSÉE ROMAIN DE LAUSANNE EN SUISSE SUR LES JEUX FERTILES.
www.artciv.org/Africana/Jeux_fertiles/jeux_fertiles.html (consulté le 16/01/2012)

- GALERIE BRUNOT MIGNOT
www.artsprimitifs.com (consulté le 17/01/2012)

- ART DU MONDE. POUPÉE DE FERTILITÉ ET DÉCORATION AFRICAINE.

http://www.art-du-monde.fr/tag/poupee-ashanti/ (consulté le 16/01/2012)

- LES POUPÉES EN AFRIQUE.

http://akwaba-africa.blogspot.com/2007/03/les-poupes-en-afrique.html

Bibliographie :

DOLTO, Françoise. Poupées de fertilité et figurines d’argile dans Jeu de Poupées. Édition Le Petit Mercure, 1999, 96p.

ERNY, Pierre. Les premiers pas dans la vie de l’enfant d’Afrique noire. Naissance et première enfance. Édition l’Harmattan, 2000, 358p.

ROUMEGUÈRE-EBERHARDT, Jacqueline. Poupées de fertilités et figurines d’argile. Leurs lois initiatiques, dans le Journal de la Société des Africanistes – 1960, Vol.30, no 2 p.p. 205-223.Source : Persée 2011




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